mardi 9 octobre 2018

L'inattendue trilogie

Je ne m'attendais pas à m'embarquer dans une trilogie lorsqu'on m'a (hautement) recommandé de lire La Preuve, la suite de Le Grand Cahier dont j'avais gardé un excellent souvenir. Le hasard produit quelquefois de grandes rencontres, dont celles avec cette auteure, Kristof.
Pas de temps à perdre! En cinq minutes, j'emprunte le troisième tome de La Trilogie des jumeaux d'Agota Kristof, Le troisième mensonge,  à la BAnQ! J'ouvre ici une petite parenthèse : qu'on aime ou non le format numérique, la BAnQ est une ressource incroyable et gratuite, et tellement conviviale! Je ferme la parenthèse... et mon portable... je l'aurai lu en deux soirées!
Résumé (source : Babelio) :
- On m'appelle Claus T. Est-ce mon nom? Dès l'enfance, j'ai appris à mentir. Dans ce centre de rééducation où je me remettais lentement d'une étrange maladie, on me mentait déjà. J'ai menti encore quand j'ai franchi la frontière de mon pays natal. Puis j'ai menti dans mes livres. Bien des années plus tard, je franchis la frontière dans l'autre sens. Je veux retrouver mon frère, un frère qui n'existe peut-être pas. Mentirai-je une dernière fois?
- Je m'appelle Klaus T. Mais personne ne me connaît sous ce nom-là. Depuis que mon frère jumeau a disparu, il y a cinquante ans de cela, ma vie n'a plus beaucoup de sens. J'ai longtemps attendu son retour. S'il revenait aujourd'hui, je serais pourtant obligé de lui mentir.
Après les horreurs de la guerre et les années noires d'un régime de plomb (La Preuve), le temps serait-il venu d'ouvrir les yeux sur la vérité ? Mais la vérité ne serait alors qu'un mensonge de plus car "un livre, si triste soit-il, ne peut être aussi triste que la vie". 
Autre présentation: De l'autre côté de la frontière, la guerre est finie, la dictature est tombée. Pour vivre, pour survivre, il a fallu mentir pendant toutes ces années. Klaus et Claus T. découvrent à leurs dépens que la liberté retrouvée n'est pas synonyme de vérité. Et si leur existence était en elle-même un mensonge ? Ainsi s'achève la trilogie inaugurée avec Le Grand Cahier, et traduite aujourd'hui dans une vingtaine de pays. 
Un roman - une fable à la limite - déroutant, sur les drames humains de la guerre et l'adaptation psychologique au quotidien de ses victimes collatérales, même une fois celle-ci terminée. Bien écrit, avec des dialogues dénués d'émotions et, dans un contexte de pauvreté extrême, et humaine et économique, une quasi-absence de description des lieux, de détails. Excellent! Agota Kristof, une auteure que je recommande.

dimanche 7 octobre 2018

Agota Kristof, une auteure troublante

J'ai eu, l'an dernier, le bonheur de lire mon premier Kristof: Le grand cahier. Troublant, marquant même... Je savais qu'on l'avait adapté pour le cinéma, mais j'avais relégué l'information aux fins fonds de ma mémoire... Mais j'ignorais que c'était le premier d'une trilogie, La Trilogie des jumeaux....


(Source : Babelio) Dans la Grande Ville qu’occupent les Armées étrangères, la disette menace. Une mère conduit donc ses enfants à la campagne, chez leur grand-mère. Analphabète, avare, méchante et même meurtrière, celle-ci mène la vie dure aux jumeaux. Loin de se laisser abattre, ceux-ci apprennent seuls les lois de la vie, de l’écriture et de la cruauté. Abandonnés à eux-mêmes, dénués du moindre sens moral, ils s’appliquent à dresser, chaque jour, dans un grand cahier, le bilan de leurs progrès et la liste de leurs forfaits. Le Grand Cahier nous livre une fable incisive sur les malheurs de la guerre et du totalitarisme, mais aussi un véritable roman d’apprentissage dominé par l’humour noir. « Nous ne voulons plus rougir ni trembler, nous voulons nous habituer aux injures, aux mots qui blessent. » « Un roman magnifique sur le déracinement, la séparation, l'identité perdue et les destins brisés dans l'étau totalitaire. (L'Express)»


Voilà qu'on me propose La Preuve, la suite de Le Grand Cahier! Comme son prédécesseur, un petit roman de 188 pages qui ne m'a pas laissée indifférente.  Aucune complaisance... La réalité troublante de la guerre...
Avec Le Grand Cahier nous étions dans un pays en guerre où deux enfants, des jumeaux, apprenaient à survivre en usant toutes les ressources du mal et de la cruauté. Puis les jumeaux se séparaient, l’un d’eux franchissant la frontière, laissant l’autre en son pays pacifié mais dominé par son régime autoritaire. Seul, désormais privé d’une partie de lui-même, Lucas, celui resté, semble vouloir se consacrer au bien. Il recueille Yasmine et adopte son fils Mathias, porte sa pitance au curé du village, tente de consoler Clara dont le mari fut pendu pour ‘‘trahison’’, écoute avec attention la confession de Victor, le libraire qui rêve d’écrire un livre ... Et si c’était pire? Le propre d’un système totalitaire n’est-il pas de pervertir à la base tout élan de générosité ? Ce que découvrira Claus, le jumeau exilé de retour sur les lieux de ses premiers forfaits, sera plus terrible encore : qu’il n’y a pas de générosité sans crime, et qu’on est toujours deux, même quand on est seul. Au-delà de la fable, l’auteur poursuit ici son exploration impitoyable d’une mémoire si longtemps divisée, à l’image de l’Europe, et nous livre une belle méditation désespérée sur la littérature. (Source : Babelio)

Maintenant, je dois mettre la main sur le dernier de la Trilogie des jumeaux, Le Troisième Mensonge... 


Lorsque j'aurai terminé cette triologie, je veux voir LE GRAND CAHIER  porté au cinéma; sur le site de Télérama, l'analyse qu'on a faite du film et du roman est des plus intéressantes. Et je veux lire - enfin, essayer de lire - l'ensemble de l'oeuvre de cette auteure hongroise.





Pour moi, Armand, c'est ni Harry ni Wallender!

Lorsque j'embarque dans un roman passé la page 200 (sur 464 pages...), c'est que quelque chose cloche... La plume? Non, Louise Penny écrit bien, les mots sont justes malgré quelques redondances... La traduction? Pas ça le problème. Les personnages? Peut-être un peu trop caricaturaux... Le rythme? Oui, en ce qui me concerne! Et le cha-cha entre le présent et le passé qui se démarquent par une interligne à peine plus prononcée dans le corps du texte... ça m'épuise de me resituer continuellement (je pensais que je manquais de "souplesse", mais lisez bien la fin du résumé qui suit...)! Et dire à tes amies fans finies d'Armand Gamache que ce 13e tome t'a laissée froide, c'est comme leur dire que tu n'aimes pas lire! Ce roman m'a été prêté par ma voisine qui elle l'avait adoré. C'était mon deuxième Penny. Trop peu et trop tôt pour juger de l'ensemble de son oeuvre. A mon avis, on l'emprunte, on ne l'achète pas!

Je me permets d'utiliser ce résumé de Manon Dumais, critique littéraire au journal Le Devoir : En Espagne, lorsqu’on ne paie pas ses dettes, on peut recevoir la visite du Cobrador del frac. Vêtu de noir, coiffé d’un haut-de-forme, l’encaisseur en habit suit partout le mauvais payeur jusqu’à ce que ce dernier, humilié, honteux, pétri de remords, daigne enfin rembourser ses dettes. Dans le 13e tome des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache [...], les habitants de Three Pines, [...] ont la surprise de leur vie en découvrant au lendemain de la fête d’Halloween un homme masqué et drapé de noir. Se tenant immobile et silencieux au milieu du parc, à quelques pas de la demeure des Gamache et du bistro d’Olivier et Gabri, le Cobrador n’est pas là pour intimider un quelconque débiteur, mais pour une question d’ordre moral. Qui donc a des squelettes dans le placard parmi les villageois et les touristes de Three Pines ? Quelques jours plus tard, l’homme en noir disparaît et Reine-Marie Gamache le trouve gisant dans son sang dans la cave à légumes de l’église. Après s’être intéressée à la corruption et avoir ramené Gamache à l’école de police dans les précédents tomes, Louise Penny entraîne cette fois son personnage fétiche dans un procès pour meurtre et dans une sombre histoire de trafic de drogue [...]. Maisons de verre suit un programme assez tordu, [...] où l’auteure puise effrontément dans des événements historiques, des faits d’actualités et des récits légendaires. Et tout cela, sans révéler qui est au banc des accusés et qui se cachait sous le masque du Cobrador. C’est vous dire comment Louise Penny sait tenir son lecteur captif du début à la fin. Bien que le sympathique et disparate entourage des Gamache, où l’on retrouve la peintre Clara, la libraire Myrna et la poète Ruth, plus timbrée que jamais, soit quasiment relégué à la figuration, la romancière, fidèle à elle-même, ne néglige pas les moments de détente où les personnages se délectent des bons petits plats du bistro et des brownies de la boulangerie. Là où l’auteure bouscule son loyal lecteur dans ses habitudes, c’est dans la structure et dans le rythme du roman. Sortant elle-même de sa zone de confort, Louise Penny fait démarrer l’action au cœur du procès où l’on cuisine sans merci Gamache, puis revient sur les événements entourant le Cobrador et l’opération audacieuse visant à démanteler un puissant réseau de trafiquants. Alternant prestement les intrigues, le passé et le présent, se faisant chiche d’indices, l’auteure tisse son récit de manière impressionniste et emporte ainsi le lecteur dans le tourbillon de l’action jusqu’à ce qu’elle dénoue mine de rien tous les fils du mystère.

lundi 1 octobre 2018

Même Harry...

C'est un lieu commun de dire que nous (re)tombons inévitablement dans les mêmes ornières de l'amour, de l'amitié, que nous semblons attirer un certain type de personnes, que nous répétons, consciemment ou inconsciemment les mêmes schémas pathétiques, comme si ces conditionnements étaient inscrits de façon permanente dans notre corps, notre esprit... Un cercle vicieux pas facile à briser...


Je viens de terminer cet autre Connelly, Les égouts de Los Angeles (publication originale en 1992), pour constater que Harry est encore une fois victime de trahison... Je ne vends pas le punch...

Nous sommes dans le domaine du roman policier, c'est clair... De l'auteur à succès de surcroît... Connelly... qui se passe de présentation... Comme tant d'autres, il a une recette infaillible pour pondre un roman, un Harry Bosch entre autres, qui ne restera pas sur les tablettes... Et moi, une fan finie de Connelly et de Bosch, je viens juste de comprendre les ingrédients d'un parfait schéma de répétition.

Un corps a été retrouvé dans une canalisation du barrage de Mulholland à Los Angeles. Pour les policiers sur place, pas de doute, il s’agit d’un camé, mort par overdose. Mais l’inspecteur Harry Bosch du LAPD (Los Angeles Police Department) n’est pas d’accord. Meadows, il l’a connu, vingt plus tôt, au Vietnam, quand ils faisaient l’un et l’autre partie de la compagnie chargée de « nettoyer » les tunnels creusés par l’armée vietcong. Des « rats de tunnel », qui s’enfonçaient dans les ténèbres, la peur au ventre, couteau et lampe à la main, pour tuer des soldats ennemis qui avaient leur âge.  (source : www.livredepoche.com)
Je ne savais pas que c'était le premier roman de Connelly et la naissance de Harry Bosch. Pourtant, tout au long du roman, j'ai eu l'impression que le personnage était déjà bien établi. Je suis tombée dedans avec tellement de plaisir, tombée dans cette belle ornière qu'est ce genre littéraire... Je le recommande!

dimanche 16 septembre 2018

Mon beau Harry!

Harry Bosch... mon inspecteur préféré! Je ne veux pas voir la série télévisée.  Je veux le voir tel que je l'imagine dans les romans de Connelly : la cinquantaine, beau mâle, une taille moyenne, en très léger surpoids, les cheveux grisonnants et un peu bouclés, la démarche assurée... En consultant l'intégrale Harry Bosch sur le site Senscritique.com, je suis rassurée : il me reste encore des heures de plaisir..

Je viens de terminer Echo Park paru aux Editions du Seuil en 2007. 368 pages de plaisir!  
En 1993, la jeune Marie. Gesto disparaît à la sortie d'un supermarché d'Hollywood. L'affaire est confiée à l'inspecteur Bosch, qui ne peut pas la résoudre. Hanté par cet échec, Bosch rouvre le dossier année après année, mais sans grand succès. Il n'a pas renoncé et 13 ans plus tard, Bosch, qui est maintenant affecté à l'Unité des Affaires Non résolues, reçoit un appel du District Attorney lui signalant qu'un suspect accusé de deux meurtres de femmes particulièrement ignobles, dont celui de Marie Gesto, est prêt à passer aux aveux moyennant un recours à la procédure du plaider coupable qui lui éviterait la condamnation à mort. La tâche de Bosch consiste donc à recueillir ces aveux et à vérifier si l'assassin n'est pas en train de duper l'appareil judiciaire afin d'éviter la piqûre. Il va donc devoir être en contact avec l'individu qu'il recherche depuis treize ans et, tout de suite, c'est la haine. 

En épluchant le dossier établi par Bosch treize ans plus tôt, le District Attorney découvre une erreur capitale dans l'enquête qu'il a menée. Le co-équipier de Bosch, Jerry Edgar, aurait reçu un coup de fil de l'assassin et, négligence ou autre, n'a pas remonté l'appel. Résultat : Bosch et lui auraient, de fait, laissé courir un tueur en série des plus cruels et dangereux. (Merci Renaud-Bray pour le résumé!)
Je l'avoue, j'ai une préférence pour le genre policier, pour le polar... En dépit d'une traduction plutôt inégale en qualité, j'ai beau aimé ce Connelly. L'intrigue commence tôt et nous garde captive jusqu'à la fin. Je le recommande, sans lui donner de note... avec Harry, je ne peux pas être objective...

dimanche 9 septembre 2018

Amélie

Amélie Nothomb, on l'aime ou on ne l'aime pas. Moi, je suis de ceux qui l'aiment. Beaucoup même! Ah! je n'ai pas lu toute son oeuvre, mais les romans que j'ai lus m'ont procuré beaucoup de bonheur : Le sabotage amoureux (1993), Stupeur et tremblements (1993). J'aime son humour, sa dérision, son originalité, son excentricité, sa culture.

Avec Pétronille, je n'ai pas été déçue. Un roman à saveur autobiographique dans lequel elle raconte sa relation avec une compagne de beuverie champenoise, admiratrice et romancière de surcroît. C'est léger, intelligent et pétillant!



mercredi 5 septembre 2018

La vie conjugale... quoi de neuf?


Un cadeau de Nicole... En le mettant dans le sac, elle devait imaginer mon sourire entendu lorsque je verrais le titre... Je connais ses idées sur le sujet, et elle les miennes, mais je l'imaginais mal en train de choisir délibérément ce roman.


Un peu de sérieux... Comment un auteur peut-il espérer capter l'intérêt de ses lecteurs avec ce thème usé? Douglas Kennedy a pourtant réussi ce tour de force avec ce roman paru en 2005. D'accord, rien de nouveau, un rien de morale, et l'auteur nous épargne au moins une trentaine d'années de petite vie de ce couple typiquement américain et prévisible. Même la fin est prévisible... Cependant, je dois reconnaître que le rythme - parce qu'une vie, même ordinaire et conjugale, a son rythme - est intéressant.

L'Express compare l'auteur à Flaubert, point de vue qui se défend...
L'héroïne de Kennedy ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de Flaubert. Hannah appartient à la bourgeoisie de la côte Est. Comme Emma, elle épouse un jeune homme sage et discret, puis s'installe avec lui dans un trou perdu - la Nouvelle-Angleterre tient lieu de Normandie et le jeune Dan Buchan ressemble à s'y méprendre au pénible Charles Bovary. Comme Emma, elle renonce à ses rêves (qui prennent ici, singulièrement, la forme d'un séjour à Paris) et se transforme, inéluctablement, en «maman de province». Comme Emma, elle est rongée par l'insatisfaction, la sensation de s'être trompée de voie. «Toi et moi nous faisons des choix que nous regrettons instantanément, mais nous continuons quand même», lui lance son amie Margy (son double, son opposé: tandis qu'Hannah s'enferme dans la morosité étriquée d'une banlieue du Maine, Margy vit à Manhattan, croque les hommes, cumule les mariages et brûlera sa vie par les deux bouts). Comme Emma, Hannah connaîtra une passion fulgurante... mais avec une crapule qui disparaîtra après l'avoir contrainte à «trahir» son pays et sa famille. Comme Emma, elle devra faire face à l'hypocrisie puritaine lorsque les secrets seront étalés au grand jour et que les mensonges feront surface. L'exercice serait assez vain s'il n'était signé par Douglas Kennedy, maître du thriller psychologique et observateur implacable de l'Amérique, ce pays où il naquit voici près de cinquante ans et qu'il décida de quitter pour Paris et Londres. Kennedy ne fait pas que copier Flaubert, loin de là: il s'inspire d'une oeuvre mythique pour accoucher d'un livre splendide, palpitant, au suspense soigneusement dosé, et qui égratigne avec de beaux arguments les fariboles nationalistes et bien-pensantes aboyées par les néoconservateurs de la Maison-Blanche.
Le reste de leur analyse est très intéressant et explique leur emballement pour ce roman.

Bon, l'ai-je aimé? Oui. Le recommanderais-je? Pourquoi pas! C'est un roman intelligent, assez bien traduit, qui ne verse pas dans la dentelle et qui m'a tout de même amenée à faire une certaine introspection...